A la guerre comme à la guerre

« Lorsqu’on est attaqué, c’est bon signe : c’est qu’on a suffisamment d’importance pour être une cible. » C’est sur cette phrase que se terminait ma séance de lecture du matin. Je lisais toujours pendant trente minutes en buvant mon café, juste avant de me mettre au travail. Et c’est à cet instant précis qu’il était entré dans le bureau. Crâne d’œuf. Ce collègue qui essayait de me faire virer depuis quelques mois déjà. Je m’étais un jour demandé à quoi il ressemblerait si sa méchanceté n’avait pas fait fuir tous ses cheveux de sa tête. Mais j’avais fini par conclure qu’il serait encore plus laid si ses cheveux venaient à pousser. Donc j’avais rapidement chassé cette idée de mon esprit.

Mon livre était encore entre mes mains : « Stratégies, les 33 lois de la guerre », de Robert Greene. Il fallait se tenir prête au combat, alors je me renseignais. Rendue à la treizième page du livre, j’avais déjà une idée claire de ce que j’avais à faire pour remporter ce combat. Tout d’abord : démasquer et isoler l’ennemi. Et je dois dire que j’avais déjà bien avancé de ce côté-là. Ça n’avait pas été bien difficile.

Crâne d’œuf allait de bureaux en bureaux dans l’immeuble de 13 étages qui abritait notre société d’évènementiel, pour me pourrir auprès de chacun de nos collègues. Et l’effet de cette opération n’avait pas tardé à se faire ressentir. Au milieu de discussions avec des clients je voyais des inspections débarquer. J’étais la seule à être convoquée tous les mois dans le bureau du Chef de service pour donner le détail de mes activités. Et lorsque j’entrais dans une pièce, les conversations s’arrêtaient.

Je suis d’un naturel pacifique mais la situation commençait sérieusement à m’exaspérer. Le coup de grâce était intervenu deux mois plus tôt. J’avais découvert que Crâne d’œuf m’accusait d’avoir détourné une importante somme d’argent sous couvert d’une mission qu’il qualifiait de fictive. L’étau se resserrait sur moi. Ce que j’avais pris à tort pour de simples bruits de couloirs propagés par un individu instable, devenait une véritable attaque frontale. Et il n’était plus question de fuir. Dans un affrontement, celui qui montre le premier signe de faiblesse perd la bataille psychologique et bientôt la guerre. Et j’ai horreur de perdre.

Les hommes pensent à tort que les femmes ne connaissent rien à l’art de la guerre. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que des siècles d’oppression ont rendu les femmes bien plus habiles que les hommes pour la sournoiserie. Crâne d’œuf continuait de me parler comme si de rien n’était. Et moi je continuais de sourire. Douce. Pacifique. Mais derrière le sourire, le calcul était froid. Il allait bientôt découvrir une autre facette de ma personne.

Pourtant j’avais encore du mal à comprendre pourquoi il avait voulu s’attaquer à moi. Avec ses qualifications, il n’avait aucune raison de convoiter mon poste. Nous n’avions pas non plus d’intérêts en commun. La seule chose qu’on partageait c’était ce bureau. Alors quel était le problème ? Peut-être était-ce le fait que mon salaire était plus élevé que le sien. Problème d’égo ? Jalousie ? Le savoir ne m’avançait à rien. Ce qui comptait c’était comment j’allais réagir. Et dans cette partie d’échec j’avais un coup d’avance. Car ce que Crâne d’œuf ignorait, c’était que son nouveau confident, Tonio de la compta, passait ses soirées chez moi. Et il ne se faisait pas prier pour me raconter en détail tout ce qui se disait de moi. La partie pouvait donc commencer !

A suivre

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