Dieu pardonne : MOI PAS !

Il y a 2 ans ma vie était radicalement différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Oui, vous l’avez remarqué, cet article commence exactement par la même phrase que mon article intitulé : « Divorcée, fauchée et endettée ! » Mais il ne s’agit pas ici de parler du même sujet.

Ma vie a radicalement changé dans bien des domaines, y compris dans ma perception des choses et des personnes. Je pourrais vous écrire un livre entier sur le sujet, d’ailleurs je le ferai probablement un jour. Mais aujourd’hui je vais vous parler du moteur de ce changement. Ce qui m’a permis en quelques mois de surmonter une dépression, de sortir du statut de SDF (i.e. : Sans Domicile Fixe) et de pouvoir m’occuper toute seule de ma famille.

Dans un monde idéal fait de paillettes et de bisounours, je vous dirais que ma détermination à me relever m’est venu du pardon et de ma foi en Dieu. Oui, je suis croyante mais je n’ai pas pardonné et je ne vais certainement jamais remercier mon ex de m’avoir largué par téléphone le premier jour de l’an. L’expérience a été plus qu’édifiante pour sûr, mais seulement parce que mon moteur c’était… La haine.

J’ai traversé toutes les phases du deuil : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Mais la colère ne m’a pas quittée. Elle est restée présente et tenace. J’étais en colère que tout ce que j’avais investi me file entre les doigts. J’étais en colère que les gens que j’aimais et sur qui je comptais me tournent le dos. Que des personnes que j’admirais révèlent le visage du mépris.

Cela dit, si vous pensez que ma haine était aveugle et passionnée, de celle qui remplace l’amour, vous vous trompez. C’était une haine froide, réfléchie et choisie.

Vous vous demandez peut-être comment il est possible de choisir la haine. C’est une question que m’a posé un jour une personne que je qualifierai d’ami, à défaut de trouver un mot plus juste. C’était quelqu’un que je connaissais à peine mais avec qui j’appréciais de discuter de temps en temps, jusqu’à ce qu’il se mette en tête de me convaincre qu’il était de mon devoir de pardonner.

Vous connaissez tous par cœur les citations ou plutôt les injonctions qui défilent sur les réseaux sociaux dans le but d’encourager les gens au pardon. Les encourager et surtout les culpabiliser. Pardonnez, vous dira-t-on ! Surtout si vous êtes une femme… Surtout si vous êtes une mère… Comme si être femme et mère anesthésiait de la douleur de la morsure de la trahison.

Le matraquage est permanent, mais qui se préoccupe de rappeler à ceux-là qui se promènent avec des couteaux pour les planter dans les dos des autres, qu’ils iront bientôt rôtir en enfer ? J’ai donc décidé que si certains pouvaient se complaire dans la certitude de l’absolution divine qu’ils obtiendraient sans avoir esquissé le moindre remord, alors je pouvais également me permettre une haine féroce et méthodique. Ma haine était voulue, choisie et entretenue par des incursions ponctuelles mais régulières dans les tréfonds de ma mémoire.

Non, je n’avais aucune intention de pardonner. Un jour j’ai même fait un post entier sur Facebook pour envoyer balader toute personne qui voulait me « ramener à la raison ». C’était il y a un an et je disais en substance ceci :

« En ce jeudi saint, je prie pour que les personnes méchantes fassent une rencontre décisive avec le karma et que leurs victimes se décident enfin, non pas à pardonner, mais à avancer ! Parce qu’en général, faites-moi confiance, les personnes à qui vous voulez pardonner n’en n’ont rien à cirer ! »

Vous l’avez compris, non seulement je ne pardonnais pas, mais au contraire, je guettais avec impatience l’heure où la justice viendrait frapper à certaines portes. Si vous me dites que vous ne vous êtes jamais réjouis intérieurement d’apprendre qu’une personne qui vous avait blessé avait elle-même goûté à la tarte de l’humilité, alors je vous autorise à me jeter la première pierre.

Ma haine était donc bien là et puisque je ne comptais pas m’en débarrasser, j’ai décidé de m’en servir. Elle est devenue le carburant qui me permettait de supporter les difficultés sans me plaindre, parce que j’avais un objectif à accomplir. Je refusais de donner raison aux gens qui se réjouiraient de me voir souffrir. Je devais être cent fois plus brillante et mille fois plus pétillante que je ne l’avais jamais été.

La haine m’a aidé à mener à bien ce combat contre la dépression. Je me levais le matin et je devais prendre chaque jour, sans exception, la décision de lutter pour ma vie. Enfin, quand la dépression a cédé, la haine m’a aidé surmonter les coups en dessous de la ceinture. Croyez-le ou non, la déception du premier janvier n’était en fait que la première et la moins surprenante d’une longue série.

N’allez surtout pas croire que haïr est une chose aisée. Cela demande du temps et de la concentration. Il m’a fallu apprendre à gérer mes émotions. Il m’a fallu les contenir quand la seule envie que j’avais était d’exploser et de la laisser s’abattre comme un tsunami sur mes ennemis.

La vengeance est un plat qui se mange froid et je suis perfectionniste pour les choses qui me tiennent à cœur. Alors il n’était pas question de me laisser aller à mes émotions. Dans la bataille légale et morale qui m’attendait, j’avais besoin de planifier toute chose soigneusement et avec une rigueur machiavélique.

Deux ans plus tard, où en sommes-nous ? Dans le parcours de développement personnel que j’ai entamé depuis 2018, j’ai lu une cinquantaine de livres qui ont élargit ma vision du monde. J’ai appris l’art de la guerre avec Sun Tzu, les lois du pouvoir avec Robert Greene et j’ai aussi appris… la valeur du pardon.

Trois évènements en particulier m’ont poussé à repenser ma relation au pardon.

D’abord, un soir j’ai découvert les résultats d’une étude qui expliquait que se concentrer sur le pardon permettait aux gens de changer leur perception des challenges qu’ils rencontraient. Les changements étaient non seulement notables dans la vie quotidienne, mais aussi mesurables sur le cerveau. En essence, cette expérience démontrait scientifiquement que pardonner améliore la santé mentale. J’ai immédiatement pensé à cette célèbre citation de Carrie Fisher : « le ressentiment est comme boire du poison et attendre que l’autre personne meure. »

Cette nuit-là je n’ai pas fermé l’œil. Je me questionnais sincèrement, me demandant dans quelle mesure mon refus de pardonner affectait ma santé, mes performances et contrariait mes ambitions futures. Au matin, j’ai fini par appeler un ami pour lui expliquer que je me sentais dans l’obligation de pardonner, « pour mon propre bien », mais que j’avais passé une nuit blanche parce que je n’arrivais pas à m’y résoudre. Il m’a répondu du tac au tac. Il m’a dit : « Marie Noëlle, j’admire ton désir de te développer sans cesse mais si l’idée de pardonner te met dans cet état, alors tu ne devrais pas le faire. »

Ces mots m’ont tout de suite procuré un immense soulagement et j’ai décidé de cesser de m’autoflageller. J’ai conclu qu’après ce qui m’étais arrivé, ma haine était valide. J’avais le droit d’exprimer mes sentiments, aussi négatifs soient-ils, pour pouvoir guérir et définitivement tourner la page. Jusque-là aucune logique bienpensante ne m’avait aidé aussi efficacement que d’accepter de laisser s’exprimer librement mes sentiments les moins avouables.

J’ai donc sereinement repris le cours de ma vie. Les mois ont passé. J’ai laissé ces réflexions faire leur bonhomme de chemin dans mon esprit jusqu’à ce que je fasse une deuxième découverte.

Je suis tombée par hasard sur une vidéo qui parlait des étapes d’une rupture amoureuse et d’un concept qui m’était inconnu jusqu’alors : « la rupture de l’attachement ». C’est une phase pendant laquelle les deux partenaires prennent conscience du caractère irrémédiable de la séparation. Elle peut être particulièrement violente dans certains cas. Il n’y a pas que le cœur qui est brisé. Les insultes fusent, les assiettes volent, les portes claquent. Je connaissais ma propre colère, je vivais avec. Ce que je ne savais pas, c’est que je n’étais pas la seule à souffrir de cette rupture et que celui qu’on quitte n’est pas toujours celui qui souffre le plus.

D’un coup, d’un seul, j’ai réalisé que certains actes dont j’avais été victime pouvaient s’expliquer autrement que par la méchanceté. J’ai compris que la sensation de ne plus reconnaitre quelqu’un dans ces circonstances est parfaitement normale, que les gens peuvent faire des choses monstrueuses sans être des monstres. Même si je refuse de penser que la douleur excuse tout, je sais aujourd’hui qu’il y a toujours un angle mort dans notre vision de l’autre.

Ceci m’amène à la troisième révélation que j’ai eue, à travers les mots du philosophe Alain de Boton : “Once you make peace, forgiveness will come.” Je n’ai pas seulement lu les mots. Je les ai expérimentés dans ma vie. Lorsque l’on retrouve la paix intérieure, le pardon vient naturellement. J’ai retrouvé la paix en reprenant le contrôle de ma vie, en privilégiant mes besoins, en acceptant mes limites avec la patience et la compassion d’une amie, en laissant chacune de mes émotions bonnes et mauvaises s’exprimer, parce que la colère qu’on ne laisse pas s’exprimer se transforme en rage.

Au terme de cette aventure, je peux le dire avec confiance : pardonner c’est d’abord comprendre que seule la compassion pour soi-même peut engendrer la compassion pour autrui. Lorsqu’il m’est donc impossible de pardonner, c’est à Dieu que je laisse le soin de le faire.

11 commentaires sur « Dieu pardonne : MOI PAS ! »

  1. Dans les moments de crise il faut savoir être égoïste et se recentrer sur soi.
    La haine est un sentiment qui détruit celui qui le porte, elle sert plutôt l’ennemi.
    Quand tu pardonnes tu libères en même temps les personnes que tu dÉtiens captives dans ton cœur.
    Fais de la place en les libérant et la paix prendra la place pour te permettre d’avancer.
    C’est un processus long mais c est avant tout une marque d’amour envers soi-meme.
    Merci pour ce récit comme toujours édifiant.

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  2. Dans les moments de crise il faut savoir être égoïste et se recentrer sur soi.
    La haine est un sentiment qui détruit celui qui le porte, elle sert plutôt l’ennemi.
    Quand tu pardonnes tu libères en même temps les personnes que tu dÉtiens captives dans ton cœur.
    Fais de la place en les libérant et la paix prendra la place pour te permettre d’avancer.
    C’est un processus long mais c est avant tout une marque d’amour envers soi-meme.
    Merci pour ce récit comme toujours édifiant.

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    1. Merci d’avoir lu Élise. Oui, faire la paix est un long processus, d’ailleurs il s’est écoulé plusieurs mois entre le moment où j’ai commencé à écrire cet article et aujourd’hui. J’ai beaucoup progressé et je ne ressens plus de haine aujourd’hui.

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