Sortez avec des Ducs mais épousez des Princes

Je vous présente Simon Basset, Duc de Hastings. Le regard de braise, le port altier et la mâchoire carrée aidants, Simon est le célibataire le plus en vue de Londres au 17ème siècle. C’est du moins l’image que nous présentent Chris Van Dussen et Shonda Rhimes, producteurs de la série dont tout le monde parle en ce début d’année 2021.

Bridgerton (c’est le nom de la série diffusée par Netflix), a déboulé sur les écrans de nos smartphones et de nos tablettes et en même temps que l’héroïne, Daphnée Bridgerton, nous sommes toutes tombées amoureuses de cet homme dont le charme n’a d’égal que le sex-appeal.

Pourtant, comme dans la plupart des comédies romantiques, cette histoire d’amour commence de façon incertaine. Daphnée et Simon, d’abord peu charmés l’un par l’autre, finissent par tomber amoureux. L’histoire d’amour se poursuit non sans quelques heurts crées par l’enfance difficile du Duc. Petit, il a souffert du rejet d’un père cruel. Ce qui l’a conduit à faire le serment de ne jamais être ni mari, ni père.

J’ai très vite compris pourquoi la série provoquait autant d’émoi, particulièrement auprès de la gente féminine, puisque j’ai moi-même été émue aux larmes par cet irrésistible Duc, avec ses épaules carrées et ses déclarations enflammées.

A l’écran les deux héros semblaient vivre le rêve absolu : les tourments de la passion suivis d’un dénouement heureux : la joie d’éprouver un amour partagé. Malgré cela je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver un sentiment de malaise en regardant l’intrigue se dérouler. Très rapidement est apparu une ombre au tableau sous la forme… d’un prince. Le Prince Frédérique de Prusse, neveux de la Reine.

Contrairement au Duc qui ne voulait ni se marier ni avoir des enfants, le Prince avait le profil idéal : beau, spirituel, gentil et généreux. Ce qu’il offrait à notre Daphnée c’était la sécurité et ce qu’elle espérait plus que tout au monde : la chance d’être mère. Tout ceci n’a pourtant pas empêché notre Daphnée d’exprimer sa préférence pour le Duc, en le forçant littéralement à l’épouser.

Je dois dire que j’ai été gênée de voir Daphnée se jeter dans les bras d’un homme qui faisait de son mieux pour la tenir éloignée. Qui soufflait le chaud et le froid. Voulant mais ne voulant pas, avec l’excuse d’être ce petit garçon blessé qui refuse de guérir et de grandir.

Voir cette jeune femme sacrifier son avenir et sombrer dans la mélancolie, brièvement effacée par de brulantes étreintes, ne m’a paru ni admirable ni romantique. Il me semblait que c’était du masochisme comme se l’infligent de nombreuses femmes dans la vie réelle. Pour moi cette relation n’était rien d’autre qu’une relation toxique sublimée à l’écran. Seulement, dans la vraie vie, comme dit le jargon populaire : « les histoires d’amour finissent mal en général. »

La réalité n’a rien d’un conte de fée. A titre d’exemple je vais reprendre ici l’histoire de cette jeune dame qui m’a contacté un jour, peu de temps après avoir lu mon article « Se donner une chance d’être aimée ». Son histoire (qu’elle m’a permis de partager avec vous) m’a bouleversée. Elle n’était encore qu’en dernière année de Lycée quand elle a rencontré un homme avec qui elle s’est rapidement mise en couple, contre l’avis de sa famille.

Après deux ans de concubinage et un enfant, il lui a annoncé qu’il ne souhaitait pas se marier. Sans surprise, elle l’a vécu comme une trahison, puisqu’elle avait quitté sa famille qui subvenait à ses besoins pour cette relation qu’elle espérait voir aboutir au mariage.

Elle m’a décrit une relation tumultueuse émaillée de disputes, violence, séparations et réconciliations. Elle m’a dit avoir perdu confiance en elle. A trente ans seulement, elle était persuadée d’être trop vieille pour refaire sa vie. Par conséquent elle s’interdisait de faire de nouvelles rencontres et se laissait aller.

Les histoires comme celles de cette jeune dame sont nombreuses mais ce qui m’a réellement bouleversée était qu’elle affirme que malgré tout… cet homme l’aimait. Dans ce qu’elle décrivait j’avais pourtant du mal à percevoir l’amour. Je ne voyais que manipulation et maltraitance. Je le lui ai dit.

Après avoir regardé la série Bridgerton, j’ai donc lancé le débat sur Instagram : Auriez-vous choisi le Prince ou le Duc ? Sans surprise les votes penchaient majoritairement en faveur du Duc. D’un autre côté, j’ai très rapidement été submergée de réponses de femmes ayant vécu le drame d’une passion dévorante qui se termine mal.

Pour la plupart, les survivantes de ce type de relations ne rêvent que d’une chose : l’amour d’un prince loyal et constant plutôt qu’une passion destructrice dans les bras d’un Duc. Exactement ce que d’autres qualifieront « d’ennuyeux ».

J’ai donc décidé de me pencher sur les raisons qui font que les femmes, à la télé comme dans la vraie vie, enchaînent, restent ou entrent dans des relations toxiques. J’en ai recensé trois que nous allons développer ici :

L’immaturité : plus jeunes nous avons toutes rêvé de l’amour comme dans les romans à l’eau de rose et les séries télé. L’idéal absolu était de se sentir spéciales. Quoi de plus spécial que l’idée qu’un homme n’a jamais vraiment aimé avant de me rencontrer ? Si l’homme est un infidèle notoire, alors c’est que les autres femmes n’ont pas su le combler. S’il refuse de s’engager, c’est certainement qu’il n’a jamais vraiment aimé avant moi. S’il est violent alors mon amour saura le faire changer. C’est ce que de nombreuses femmes se disent jusqu’à ce qu’elles se retrouvent dans la triste liste des ex éplorées de l’homme qu’elles ont voulu changer. Que dire de plus ? Les conséquences valent mieux que les conseils.

Les traumatismes non résolus : les traumatismes peuvent venir de l’enfance ou d’une relation passée. Il n’est donc pas étonnant de voir des personnes traumatisées reproduire sans cesse le même schéma dysfonctionnel dans toutes leurs relations intimes. Lorsque l’on s’aperçoit que tous les hommes qu’on rencontre ont exactement le même profil, il est temps de s’interroger sur le dénominateur commun de toutes ces relations : nous-même.

Le syndrome du sauveur/de l’infirmière : il peut être la conséquence des traumatismes évoqués plus haut. Dans ce cas de figure, se tourner vers l’autre pour résoudre ses problèmes est souvent une échappatoire à nos propres problèmes. Dans certains cas il s’agit plutôt d’un besoin de démontrer sa valeur à travers ce qu’on fait pour les autres. L’estime de soi se mesure à travers le regard de l’autre et sa reconnaissance (qui ne vient pas toujours). Plus l’estime de soi sera faible, plus le seuil de tolérance à la douleur sera élevé. A cause de ce besoin narcissique, les femmes qui entrent dans cette dynamique se sacrifient sans cesse pour l’autre en se disant : plus je me sacrifie, plus je l’aime et plus il m’aimera. Malheureusement le dernier volet de l’équation n’est pas toujours au rendez-vous.

Quel que soit l‘origine de la dysfonction, immaturité, traumatismes ou syndrome de l’infirmière, la normalisation des relations toxiques est savamment entretenue par le discours social. Très tôt on nous apprend que l’amour n’est pas amour sans douleur et déchirements. Les femmes sont souvent encouragées à penser que le mariage doit se mériter.

J’ai toujours à l’esprit le cas du scandale NK/Eto’o. Au cœur du scandale sexuel impliquant son conjoint, de nombreuses personnes, hommes et femmes, ont félicité la patience de Georgette : « une vraie femme », qui a su fermer les yeux et la bouche pendant des années pour mériter son alliance. Personnellement, je n’irai pas remettre en question son choix de se marier malgré les humiliations en mondovision.

Mon seul problème avec des exemples comme celui-là c’est que lorsque le mérite se mesure à la quantité de souffrances endurées, alors les abus deviennent la norme. Les abus ne sont plus commis par les gens (les hommes en l’occurrence) parce qu’ils sont foncièrement mauvais, mais parce que cela est normalisé. Dans la société en général, certaines femmes se vantent d’avoir survécu aux frasques de leur époux ou conjoint telles des blessées de guerre sans médaille. Je ne l’ai jamais vraiment compris.

On nous dit que « c’est la femme qui change l’homme ». La télévision, la littérature et la musique reprennent en chœur ce slogan. Les jeunes filles grandissent donc avec l’idée que c’est un idéal à atteindre. Face à un homme équilibré qui ne nous fait pas souffrir, l’attitude est même parfois dédaigneuse.

Non, pas lui. Il est « ennuyeux ». Il n’a pas ce « je ne sais quoi ». Il n’y a pas cette « connexion ». La « passion » n’y est pas. La raison est simple : au cœur de la passion se trouve le drame. Sans drame, pas de passion. Pas de montagnes russes. Pas de « suis-moi, je te fuis. » Pas de « Je t’aime, moi non plus ».

Par conditionnement social ou méconnaissance de soi, il nous est difficile de définir l’amour en dehors de la souffrance. Le schéma attendu est le suivant : il n’est pas bien pour moi mais je l’aime et si je le change tout ira bien. A l’heure où vous me lisez, des centaines de femmes sont entrain de rejeter des Princes pour essayer de changer des Ducs.

Bien que je n’approuve pas, j’ai fini par comprendre que les relations toxiques ont tout de même un but précis dans nos vies et que les leçons apprises peuvent être bénéfiques lorsqu’on finit par en sortir. Le but est de nous démontrer nos limites quand il s’agit de contrôler les autres. Il appartient à chacun de nous de guérir les blessures du passé pour présenter à l’autre la meilleure version de soi-même. Personne ne peut engager ce processus à notre place et personne ne nous doit de le faire.

Les relations toxiques nous permettent également d’apprécier la présence d’un homme stable dans notre vie.  Certes, personne ne nous parle du vrai amour : celui qu’on cultive dans la sérénité avec une personne qui partage notre vision de la vie à deux. Celui qui nous fait grandir et nous tire vers le haut. Ce type d’amour ne fait pleurer personne alors il ne fait pas un bon sujet de film ou de roman. C’est pourtant ce type d’amour auquel j’aspire et que je souhaite à mes sœurs et à mes amies. Ce type d’amour se cultive avec des Princes, pour peu qu’on leur laisse une chance.

Daphnée a choisi d’épouser le Duc parce qu’elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. Quant à moi, si je n’avais qu’un conseil à donner, ce serait celui-ci : sortez avec des Ducs mais épousez des Princes.

8 commentaires sur « Sortez avec des Ducs mais épousez des Princes »

  1. Cet article me rassure sur certains points. On a de plus en plus tendance à normaliser la souffrance et à avoir peur d’être heureux ou en paix parce que le monde autour ne l’est pas. C’est pas possible de changer quelqu’un et quand tu comprends ça c’est un bon début. Merci pour l’article

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai adorée. Je me suis abonnée particulièrement pour te lire. Tes articles sont très intéressants.je commence vraiment à prendre goût a la lecture en te lisant. . Or je ne suis pas une adepte de la lecture. Je te souhaite de continuer……. Et tout mes encouragements.

    J'aime

  3. Merci pour cet article . C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé après mes quelques année vie.
    L’amour n’est pas synonyme de souffrance.

    J'aime

  4. Merci infiniment pour ce bel article ! Effectivement, cette société nous a un peu paramétré pour romantiser l’inacceptable et s’accommoder de l’intolérable sous couvert ‘d’amour dévorant’.

    Mais comme tu le dis si bien, L’Amour n’est pas supposé (nous) torturer de la sorte. L’Amour le vrai est libérateur en ceci qu’il nous encourage à déployer grands nos ailes pour nous élever toujours plus vers la pleine manifestation de nous-mêmes.

    C’est vrai que ce voyage vers soi peut sembler ennuyeux quand l’on n’envisage la passion qu’à l’extérieur… Loin, très loin de toute introspection et de tout développement personnel (c’est pourtant si ‘à la mode’).

    Je suis heureuse aujourd’hui d’avoir vécu ma part de tourmentes avec un Duc; assurément, je ne manquerai pas demain de sauter avec empressement dans les bras rassurants de mon Prince !

    Cette histoire fut difficile à digérer, mais come je dis souvent, ‘quand on refuse d’ apprendre de l’expérience des autres, c’est que l’on a besoin d’expérimenter la leçon’ 😅.

    A nos valeureux Princes, et à nos amours paisibles et fructueuses ❤️ !

    Bonne continuation à toi et je m’abonne pour ne pas manquer la suite 🤗.

    J'aime

Répondre à Glory Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :