Plaisir, simulation, contraception : ce que j’aurais aimé savoir quand j’avais 15 ans

J’ai longuement discuté ces dernières semaines du rêve que la télévision et les médias nous vendent. Parce que la banalité n’attire personne, il est devenu normal de voir à la télé une version exagérée de la réalité. Les relations amoureuses sont romancisées mais aussi le sexe.

Au fil du temps je me suis habituée à consommer les contenus télévisuels sans m’y identifier. Je percevais ce qui se passait à l’écran comme lointain, inaccessible. Dans les scènes de sexe à la télé, les femmes atteignaient l’orgasme à grand renfort de cris et de gémissements. Je trouvais cela surjoué. Ces scènes me rendaient si perplexes que j’oscillais entre l’impression que rien de tout ça n’était réaliste et l’idée que je devais être anormale si je ne ressentais pas ce que le cinéma montrait.

Cette perception je la devais en grande partie à mon ignorance, résultat à la fois du manque d’information et du tabou qui entourent le sexe. Les conséquences de ce manque d’informations chronique poussent de nombreux adolescents à se tourner vers la fiction ou la pornographie pour glaner des indices sur ce qu’ils aimeraient savoir en matière de sexualité.

Malheureusement, ces médias ne seraient pas populaires s’ils se contentaient de représenter la normalité. Comme beaucoup de jeunes, j’ai donc grandi avec une vision faussée de la sexualité. Aujourd’hui j’ai 31 ans et je pense que j’en serais encore à cette même vision si je n’étais pas allé chercher des informations dans… des livres.

Voici donc ce que j’aurais aimé savoir au sujet du sexe quand j’avais 15 ans :

C’est une mauvaise idée de simuler :

J’ai souvent regardé les scènes de sexe à la télé avec perplexité. J’entendais les actrices gémir de l’autre côté de l’écran et je me disais qu’elles gémissaient parce que c’était ce qu’elles étaient censées faire. Donc c’était ce que j’avais à faire aussi quand mon tour viendrait d’être sous les draps.

J’ai passé une grande partie de ma vie adulte à jouer le jeu comme l’actrice derrière l’écran. Je ne pense pas être la seule femme dans cette situation. D’ailleurs j’étais souvent angoissée quand il fallait répondre à la question : « Alors, c’était comment ? ». Il est difficile en temps que femme de répondre honnêtement à cette question parce qu’aucune femme n’a envie d’être l’oiseau de mauvais augure, celle qui porte la mauvaise nouvelle. Jusqu’à aujourd’hui j’aimerais cent fois mieux répondre à la question : « Alors, qu’est-ce que tu aimes ? »

Toujours est-il que simuler et mentir engendrent deux problèmes majeurs.

Le premier problème lorsqu’une femme n’est pas honnête sur son ressenti c’est que ça prive son partenaire de l’occasion de corriger le tir ou d’essayer un truc qui marche. Le premier mensonge peut être sans conséquence. Avec le temps on peut même trouver l’occasion de guider son partenaire sans blesser son égo.

Malheureusement, au bout du 10ème mensonge ou plus, le deuxième problème se pose. Il devient impossible de dire la vérité sans avouer le mensonge initial, ce qui peut briser la confiance voire le couple. On a donc le choix entre se taire et… se taire. Une perspective peu réjouissante lorsque l’on est dans une relation à long terme.

La solution, je l’ai finalement compris, c’est de rester honnête et de favoriser la communication avec son partenaire, qui pourra ainsi en apprendre autant de nous qu’on en apprend de nous-même. Ceci m’amène à la deuxième chose que j’aurais aimé savoir plus tôt.

Le plaisir vient avec le temps :

Le plaisir vient avec le temps, il vient avec la maturité, il vient parfois avec les années et il vient surtout avec la confiance. Il est certain que pour communiquer sur ses désirs les plus intimes, parfois lever le voile sur les insécurités qui créent le malaise pendant le rapport sexuel, ou même lever le pan sur quelque chose qui nous met franchement mal à l’aise chez l’autre, il faut pouvoir se sentir suffisamment en confiance. Il faut avoir la certitude qu’on sera écouté sans être jugé. Il faut aussi être sûr que la relation ne va pas être brisée par cette honnêteté. Ce n’est qu’à cette condition qu’une femme peut se détendre suffisamment pour avoir un orgasme.

C’était donc assez difficile pour moi de concilier cette expérience avec ce que je voyais à la télé : le cliché de la femme qui a une merveilleuse expérience sexuelle avec un homme qu’elle connait à peine et qui réussit à avoir des orgasmes sur commande. J’ai pensé plus jeune que si je n’arrivais pas à avoir d’orgasme, c’était parce que le problème venait de moi. En réalité il n’y avait pas de problème du tout.

J’avais d’abord besoin de grandir. Mon corps manquait de maturité. D’ailleurs les experts expliquent que la maturité sexuelle d’une femme n’est atteinte qu’autour de 35 ans. Tous les sondages montrent qu’à cette âge-là les femmes assument mieux leur sexualité, ont plus de plaisir et plus de désir. Cela ne veut par dire qu’il est impossible d’avoir du plaisir avant, cela veut plutôt dire que le corps continue de maturer avec l’âge et l’expérience. Le plaisir suit le même processus de maturation.

J’avais donc besoin de grandir mais j’avais aussi besoin d’apprendre à me connaitre. J’avais besoin d’apprendre ce qui me plaisait et ce qui me plaisait moins. J’avais aussi besoin de faire ces expériences avec quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance et qui était suffisamment ouvert d’esprit. Deux critères qui sont moins facile à réunir qu’il n’y parait.

Les années m’ont appris que se connaitre soi-même était aussi important que le choix du partenaire. Ces deux volets étant eux mêmes aussi important que le dernier :

La contraception n’est pas qu’une option :

Certains d’entre vous le savent, j’ai été maman très jeune. Bien que je ne l’aie jamais regretté, cela m’a aussi enseigné que la sexualité d’une femme ne peut être vraiment épanouie que si elle se sent protégée des éventuelles conséquences non désirées d’un rapport sexuel, c’est-à-dire les grossesses et/ou les maladies sexuellement transmissibles.

Il n’est donc pas étonnant que la pilule soit devenue le symbole de la libération de la femme. Pendant longtemps, les femmes étaient prisonnières de leur propre corps. Pour les hommes le sexe était une affaire de plaisir. Pour les femmes c’était différent. Chaque rapport sexuel pouvait venir remettre en question leur avenir. Pouvoir choisir quand et comment avoir un enfant sans dépendre du bon vouloir de son partenaire, a permis à beaucoup de femme de s’autoriser à vivre une sexualité épanouie.

Rendus en 2021, soixante-cinq ans après la mise au point de la première pilule contraceptive, je suis toujours étonnée de voir le nombre de femmes qui ont peu de maitrise de leur contraception et qui croient aux mythes et aux légendes populaires disant que la contraception est dangereuse, qu’elle est inefficace ou encore qu’elle peut provoquer la stérilité.

Cette ignorance est entretenue par les ainés qui pensent protéger ou dissuader les plus jeunes d’avoir des rapports sexuels en leur cachant toute information sur la contraception. Pourtant le résultat est souvent inverse. Par exemple, je me souviens encore de ce jour où j’ai voulu me procurer une contraception d’urgence en pharmacie et que la pharmacienne au lieu de me servir le produit, s’est lancé dans des remontrances sur le fait que j’étais trop jeune pour l’utiliser. J’avais 21 ans, j’étais déjà maman mais son insistance m’a fait fuir cette pharmacie.

Heureusement ça ne m’a pas empêché d’aller ailleurs mais j’aurais aimé être traitée avec indulgence. J’aurais aimé qu’elle saisisse cette occasion pour m’informer sur les différents moyens de contraception disponibles pour m’éviter d’être à nouveau confrontée à cette situation. Au lieu de ça, je me suis sentie jugée. J’étais humiliée.

Qu’il s’agisse de comprendre la contraception, le fonctionnement de son corps ou ce qu’il faut savoir du sexe, ce que j’ai fini par apprendre depuis lors, je l’ai appris dans des livres. Peu de gens s’en rendent compte, mais à peu près tout ce que nous avons besoin de savoir au cours de notre vie, quelqu’un l’a déjà écrit. J’ai donc su certaines choses parce que j’ai eu la curiosité de rechercher l’information.

Cependant il m’a fallu du cran pour aller acheter le premier livre sur ce sujet dans une librairie en plein centre Yaoundé. Je me souviens encore du regard de travers du libraire et du commentaire qu’il s’est senti obligé de faire : « Hum, il a de la chance hein ! »  J’aurais voulu m’enfoncer six pieds sous terre mais j’ai relevé la tête, j’ai payé et j’ai emporté le précieux document. Il me fallait bien trouver quelque part les réponses aux questions que je me posais.

Si je n’avais pas obtenu ces réponses je serais encore aujourd’hui, comme beaucoup de personnes, entrain de subir ma sexualité plutôt que de la vivre. D’après cet article publié par le magazine psychologie en Juillet 2017, de nombreuses femmes ne connaissent leur premier orgasme qu’entre 38 et 47 ans. Faut-il vraiment attendre aussi longtemps ?

Avec le recul, je ne regrette pas ma démarche mais j’aurais aimé apprendre ces choses d’une personne plus âgée à qui je pouvais faire confiance pour m’éviter les pièges de l’ignorance. J’aurais aimé que la sexualité ne soit pas ce sujet tabou, qu’on voit partout, que tout le monde pratique mais dont personne n’ose parler. Toutes ces choses que je sais aujourd’hui, j’aurais voulu les savoir quand j’avais 15 ans. Et vous, qu’auriez-vous aimé savoir quand vous aviez 15 ans ?

2 commentaires sur « Plaisir, simulation, contraception : ce que j’aurais aimé savoir quand j’avais 15 ans »

  1. Très bel article,moi aussi j’ai voulu rectifier le tir avec mes cadets malheureusement ,une n’a pas compris la sexualité reste toujours tabou dans notre contexte,
    Par ailleurs en suivant tous les jours l’émission de la sexologue sur RFI j’étais informée sur le sujet

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    1. Je pense que ta petite sœur a compris mais elle était certainement trop gênée d’aborder le sujet. Ça ne doit pas te décourager de partager avec elle quelques ressources pour qu’elle s’informe elle-même. Merci pour le partage. Je recommanderai également l’émission sur RFI à d’autres 😊

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