Le pire ennemi de la femme c’est la femme (?)

L’idée d’écrire cet article m’est venue après la publication de mon article intitulé « Trois ans de célibat, le meilleur du pire ». Après l’avoir lu, une jeune dame m’a interpellé à propos de cette phrase que j’avais écrite au sujet du fait de sortir avec un homme marié. Dans ce passage je disais en substance : « […] j’ai dit non. Pas par scrupule ou égard pour la femme de cet homme, que je ne connaissais pas. J’ai dit non parce que je savais que ce n’était pas la vie que je voulais. » Elle avait été particulièrement frappée par le fait que mon refus de sortir avec un homme marié soit plus un acte égoïste qu’un élan de solidarité féminine à l’endroit de la femme du monsieur qui m’avait abordé.

Tout d’abord je tiens à préciser que j’avais bien sûr de l’empathie pour la femme de cet homme. Pour avoir déjà été trompée, je connais bien la douleur de cette trahison. Pourtant dans le cas d’espèce, je savais que cet homme avait déjà été infidèle à sa femme et qu’il n’allait surement pas se gêner pour recommencer. Alors ma décision était surtout motivée par mes valeurs personnelles et mes aspirations, qui n’étaient pas compatibles avec le fait d’avoir une relation avec un homme marié. Cela étant dit, la préoccupation de cette jeune dame m’a donné à réfléchir.

Nous connaissons tous des histoires cocasses ou dramatiques qui démontrent que la solidarité féminine n’est pas vraiment une préoccupation de tous les instants chez les femmes. Le contraste est frappant quand on sait que du côté des hommes c’est tout le contraire. Appelez le meilleur ami de votre copain et demandez-lui où se trouve son acolyte, il vous répondra qu’ils sont ensemble, sans même avoir aucune idée de là où ce dernier se trouve. De l’autre côté en revanche, les exemples sont nombreux de la copine qui finit par « arracher » le mari de sa meilleure amie, de la nièce qui tombe enceinte du mari de sa tante ou encore de la femme de ménage qui devient la rivale de sa patronne.

Les rivalités entre les femmes sont connues et même instrumentalisées par les hommes. J’ai d’ailleurs entendu certains hommes raconter que le meilleur moyen d’avoir une fille qu’ils convoitent est de draguer sa meilleure amie ou sa sœur devant elle, et de ne l’aborder qu’après.

Même sans tomber dans le cliché de l’adultère, il y a ces actes plus insidieux de sabotage qui font tout aussi mal. Cette copine qui révèle nos secrets les plus embarrassants « sans le faire exprès ». Cette autre qui nous encourage à rester dans cette relation toxique. Ou encore celle qui nous apporte un pot de glace le lendemain du jour où lui dit s’être mise au régime. Ces amies qui nous font douter de leur sincérité sans qu’on puisse vraiment mettre le doigt dessus.

Enfin il y a ce que l’on ressent soi-même. Quand ma copine m’annonce qu’elle se marie alors que je suis en plein divorce, au fond, suis-je vraiment contente pour elle ? Je pourrais faire semblant et faire croire à tout le monde que si je fais des pronostics sur le fait que son couple ne tiendra pas longtemps, c’est parce que je m’inquiète pour elle et que la tête de son fiancé ne me revient pas du tout ; mais se pourrait-il qu’en fait je sois… jalouse ?

Une Youtubeuse que j’aime beaucoup dit souvent cette phrase : « Women are compatitive and comparative by nature ». Ce serait donc dans la nature des femmes de se jauger, se juger, s’affronter. D’où cela viendrait-il ? J’ai eu un élément de réponse en écoutant cette Ted Talk de Charlie Danger qui expliquait que pendant plusieurs siècles, les femmes dépendaient des hommes pour leur survie. Être attirante donnait donc un avantage certain pour être épousée par un homme aux revenus confortables et assurer sa sécurité et celle de ses enfants. C’était en fait une question de vie ou de mort.

Aujourd’hui nous dépendons moins des hommes pour notre survie mais nous avons toutes été biberonnées avec des phrases du genre : « ce n’est pas avec cette attitude que tu trouveras un mari ! » Même lorsqu’une jeune fille ne considère pas une autre comme une menace, la société lui rappelle en permanence que d’autres femmes ont quelque chose qu’elle n’a pas.

Les femmes sont harcelées et comparées. Leur physique est disséqué et les complexes crées les poursuivent à vie : « Tu es trop mince… Tu es trop grosse… Tu es trop noire… Tu es trop courte… » Et pour couronner le tout il y a cette culture de l’infidélité masculine : « Hum, ma chérie si tu ne fais pas attention il ira voir ailleurs. »

Chimamanda Ngozi Adichie le disait si bien : « Parce que je suis une femme, on attend de moi que j’aspire au mariage. On s’attend à ce que je fasse mes choix de vie en gardant toujours à l’esprit que le mariage est le plus important. Je pense que le mariage peut être une source de joie, d’amour et de soutien mutuel. Mais pourquoi apprenons-nous aux filles à aspirer au mariage et nous n’enseignons pas la même chose aux garçons ? Nous élevons des filles pour qu’elles se considèrent comme des concurrentes. Pas pour des emplois ou pour des réalisations, ce qui je pense, peut être une bonne chose, mais pour l’attention des hommes. »

La jalousie entre femmes est donc bien présente et entretenue par le modèle social avec lequel nous avons grandi. Pourtant, même si la jalousie est un sentiment honteux, c’est un sentiment humain qu’on doit apprendre, non pas à refouler, mais à apprivoiser. Plutôt que de nier ce sentiment, j’ai appris à le transformer en admiration parce qu’au bout du compte, je ne peux jalouser chez l’autre que ce que je n’ai pas moi-même et que je peux travailler à avoir. J’ai donc appris que les rivalités entre femmes peuvent être transformées pour devenir, comme dans le cas des rivalités masculines, une occasion de se surpasser au lieu de se combattre.

Nous pourrions choisir la solution de facilité en n’ayant pour amis que des hommes mais les amitiés mixtes sont illusoires. Quand vient l’heure de choisir, un homme choisira toujours de privilégier un autre homme. Pas par mysoginie mais parce qu’il comprend mieux une personne qui vit ses réalités et porte le même regard que lui sur la vie. De la même façon, seule une femme peut comprendre ce que c’est que d’être dans la peau d’une femme et de vivre les injustices et les micro-agressions du quotidien.

Au fond, il n’y a qu’une femme pour relever une autre femme !

8 commentaires sur « Le pire ennemi de la femme c’est la femme (?) »

  1. Toujours aussi intéressant au fil des écrits.
    Je pense que nous , hommes et femmes venir de 2 mondes complètement différents et ça se traduit tous les jours dans les attitudes, façons de penser etc..
    En effet, les points soulevés dans ton article relèvent le côté féminin obscur je dirais, les rivalités, les envies, les complexes, et biensur le manque de self confidence.

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  2. Vraiment très bien élaboré et tout y est vraiment. Nous gagnerions mieux à transformer le sentiment de jalousie en admiration nous permettant de progresser plutôt que de regresser. Ça me parle vraiment beaucoup. Merci pour ce bel article.

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