« J’ai pitié de l’homme qui va t’épouser. »

Une personne m’a dit un jour : « J’ai pitié de l’homme qui va t’épouser. » Juste comme ça.

Certaines personnes ont du mal à s’aimer parce qu’elles doutent d’elles mêmes et ne se trouvent pas assez bien. Moi je n’ai pas eu le luxe de douter de moi, de m’interroger sur ma valeur, parce qu’au cours de mes 31 années de vie sur terre, de nombreuses personnes se sont donné beaucoup, beaucoup de mal pour me convaincre que je ne vaux rien. Leurs commentaires et leurs actes ne laissaient place à aucun doute. C’était clair : je ne valais rien.

Quand je suis tombée enceinte à 16 ans on m’a souvent répété qu’aucun homme ne voudrait de moi parce que j’avais un enfant. Je venais à peine d’accoucher que déjà on critiquait mon poids, mon ventre pas assez plat, mes seins pas assez fermes. Les critiques venaient tantôt de proches, tantôt de personnes que je connaissais à peine et qui se donnaient le droit de laisser sortir par leur bouche tout ce qui leur passait par la tête, sans se demander si ce qu’ils disaient étaient utile ou seulement blessant.

Quand j’ai fini par me marier, déjouant tous les pronostics qui me condamnaient au célibat, les gens ont continué à scruter mon corps, prêts à commenter chaque centimètre pris avant, pendant et après mes grossesses. Je venais à peine d’accoucher de ma dernière fille, que déjà on m’interpellait parce que mes kilos en trop me donnait l’air « plus vieille que mon mari. » Il fallait faire attention. Il allait au pire me quitter, au mieux me tromper. Quant à ma lubie d’aller poursuivre mes études à l’étranger : elle allait sans aucun doute me coûter mon foyer. Pour tout le monde c’était une évidence. Sauf pour moi.

Quand finalement ce mariage s’est achevé par téléphone un soir de nouvel an, j’imaginais déjà les commentaires moqueurs et les paroles médisantes qui suivraient. Après tout, on m’avait prévenu. Pourtant rien ne m’avait préparé au jour où je suis rentrée récupérer mes effets dans ce qui était encore mon domicile légal. Tous mes effets avaient été disposées dans le couloir et j’ai vu celui qui était censé m’aimer et m’honorer jusqu’à ce que la mort nous sépare, sortir main dans la main avec ma remplaçante qui me narguait du regard. Finalement, la plus belle insulte venait de là où je l’attendais le moins.

Je n’avais donc plus aucune raison de m’émouvoir quand j’ai entendu cette phrase : « J’ai pitié de l’homme qui va t’épouser. » Moi, Marie Noelle, bientôt 32 ans, divorcée et mère de 3 enfants, je n’étais ni émue, ni impressionnée, ni même étonnée d’entendre une telle chose parce que ce n’était pas la première fois, et certainement pas la dernière, qu’on essayait de me dévaloriser, de m’insulter ou de m’humilier.

Aujourd’hui, les insultes qu’on me lance ricochent sur ma peau sans atteindre mon cœur parce que je ne les laisse plus m’atteindre. Je me suis fatiguée de pleurer à cause de la bouche des Camerounais. Si la bouche pouvait tuer, ce pays serait dépeuplé.

Au fil des ans j’ai appris à composer avec ces méchancetés, sans vraiment cerner ce qui les motivait. Il ne me serait jamais venu à l’idée de dire la moitié des choses horribles que les gens me balançaient au visage. Je n’aurais jamais osé prédire en face, à une amie, la fin de son mariage. Ou dire à une adolescente qu’elle ne valait pas la peine qu’on l’épouse. Alors j’avais d’autant plus de mal à comprendre pourquoi les autres arrivaient à être désagréables, bêtes et méchants avec autant de spontanéité.

Je me suis remise en question. J’ai examiné mon corps avec intransigeance, pleuré sur mes défauts, maudit mon caractère qui m’avait valu le rejet et le désamour de tant de personnes que j’aimais. J’ai questionné mes valeurs. J’ai interrogé mes goûts. J’ai regretté chaque erreur commise. J’en ai voulu à Satan et même à Dieu. Je me suis détesté tant et si bien que j’ai fini par en avoir marre. J’en ai eu marre et j’en ai eu marre d’en avoir marre.

J’en avais assez de détester la seule personne avec qui j’allais devoir vivre jusqu’à la fin de mes jours : moi-même. D’ailleurs est-ce que j’avais vraiment besoin de recruter une personne de plus pour me détester ? N’y avait-il pas déjà assez de monde pour le faire ?

Toute ma vie j’ai eu sentiment que rien de ce que je faisais n’était assez bien. J’avais l’impression d’être punie d’exister. D’être punie d’être moi. Il m’a fallu beaucoup de temps et de larmes pour finalement comprendre ces trois choses :

Le seul amour qui compte c’est celui que j’ai pour moi-même

Pendant longtemps j’ai pensé qu’il fallait que je sois quelqu’un de différent pour mériter d’être aimée. Je ne disais pas toujours ce que je pensais. Je faisais taire mes propres besoins pour accommoder ceux des autres. Je disais oui quand j’avais envie de dire non. Je laissais les gens me manquer de respect parce que je craignais trop d’être l’emmerdeuse, la rabat-joie, l’empêcheuse de tourner en rond.

Je laissais les gens me marcher dessus puis je souriais et j’allais pleurer à l’abris des regards. Malheureusement, j’avais beau fournir tous les efforts du monde pour me faire accepter en étouffant ma véritable nature, ça ne semblait jamais être assez. J’avais beau me plier en quatre, je n’arrivais même pas à me faire des amis.

J’apprenais que des gens que j’avais aidé médisaient dans mon dos. Des personnes que je considérais comme mes amis oubliaient mon numéro de téléphone le jour où il fallait aller en boîte de nuit, pour ne s’en souvenir que le jour où il fallait m’emprunter de l’argent dont je ne reverrais jamais la couleur. Des personnes que j’aimais me regardaient pleurer sans bouger le petit doigt pour me consoler.

L’argent ne suffisait pas pour acheter de l’amour. Me travestir, étouffer mes envies, cacher mon bonheur, brider mes rêves était nul et sans effet. Même aimer ne suffisait pas pour me faire aimer. Alors que fallait-il que je fasse ?

J’ai fini par comprendre que : Le seul amour qui compte c’est celui que j’ai pour moi-même.

Les gens ont le droit d’aimer qui ils veulent et ça n’a rien à voir avec moi

Peu importe après tout si les gens ne m’aiment pas. La vérité c’est qu’il y a très peu de gens que j’aime moi-même. J’ai eu ce déclic en observant ma propre attitude. Un soir, alors que je venais de discuter avec quelqu’un que j’avais bloqué sur tous les réseaux sociaux et téléphoniques imaginables, et qui avait encore réussi à me joindre en se servant d’un numéro inconnu, je me suis demandé : qu’est ce qui peut motiver quelqu’un à qui on fait clairement sentir qu’il n’est pas le bienvenu dans notre vie, à insister à ce point ? Où est donc son amour propre ?

Vous n’allez peut-être pas me croire mais je n’ai rien contre cette personne. Je l’ai bloqué simplement parce que je n’apprécie ni sa compagnie, ni ses appels incessants. Je ne le déteste pas mais mon caractère introverti fait que toute interaction sociale me coûte de l’énergie et son insistance, son refus de m’autoriser de disposer mon propre espace sans être bousculée et sans cesse interrompue par ses urgences à lui… Tout ça a fini par me saouler, purement et simplement. Alors je l’ai bloqué.

J’ai donc observé cette dynamique entre lui et moi et j’ai compris. Si quelqu’un ne m’aime pas, il ne s’agit pas forcément de moi. Les autres ont leurs propres problèmes, leurs propres urgences, leurs préférences. Je n’ai pas à le prendre personnellement. Je n’ai pas à insister auprès d’eux alors que quelque part ailleurs je suis la bienvenue. Quelque part ailleurs, quelqu’un m’aime pour ce que je suis. Tout simplement parce que :

Je mérite d’être aimée pour ce que je suis

Au fond s’autoriser à être soi, c’est autoriser les autres à nous voir et à nous choisir. C’est perdre ceux qui ne peuvent pas nous sentir mais c’est aussi gagner ceux qui attendaient la personne que nous sommes.

J’ai donc cessé d’attendre la validation des gens pour m’accepter. Je m’aime.

Je m’autorise à être moi-même et avec la même générosité j’autorise les autres à être eux-mêmes. C’est mon amour pour moi-même qui me permet de donner de l’amour aux autres. C’est aussi cet amour pour moi-même qui m’oblige à être intransigeante face à ceux qui veulent me blesser. Parce que j’ai appris à m’aimer, je n’autorise à ceux qui m’approchent, rien de moins que du respect et de l’amour. Je me tiens à distance de ceux qui sont incapables d’en donner et surtout je ne laisse plus leurs paroles m’atteindre.

Alors le jour où, parce que j’avais osé déclarer que je n’ai pas besoin de changer pour être aimée, cette personne m’a dit : « J’ai pitié de l’homme qui va t’épouser. » vous savez ce que j’ai répondu ? J’ai répondu qu’un homme qui m’aime et que j’aime en retour n’a pas besoin que qui que ce soit ait pitié de lui. Non, il n’a pas besoin de la pitié de qui que ce soit parce qu’il a trouvé un trésor : une femme qui s’aime pour ce qu’elle est, qu’il aime pour ce qu’elle est, et qui l’aime en retour pour ce qu’il est. Il n’y a là que de la générosité envers soit et envers les autres. Il n’y a là que de l’amour !

10 commentaires sur « « J’ai pitié de l’homme qui va t’épouser. » »

  1. très beau texte Marie Noelle, il transpire la maturité et la confiance en soi. merci d’être aussi inspirante par le biais de ta plume.

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