Femme entretenue ou femme battante

Est-il normal en 2022 d’être une femme entretenue ? Ce qui a commencé comme une simple boutade lancée en story sur Instagram hier soir, s’est transformé en véritable sujet philosophique et de société dans ma messagerie quelques heures plus tard. Mon interrogation était simple. Comment se fait-il que certaines femmes semblent ne rencontrer que des hommes prêts à tout leur donner, tandis que d’autres, comme moi, ne peuvent compter que sur elles-mêmes ? La question était formulée sur le ton de la rigolade, mais je ne vous cache pas que je voulais des réponses sérieuses. Je venais de lire à la chaine des témoignages de femmes qui décrivaient le plus grand geste d’amour reçu d’un compagnon ou d’un ex.

Il n’y a, semble-t-il, aucune limite à ce qu’un homme amoureux peut donner à la femme qu’il aime : voitures, maisons, bijoux, articles de marque… Je lisais ces témoignages avec un mélange d’émerveillement et d’étonnement, parce qu’il me semblait que j’appartenais à un monde parallèle dans lequel le seul héritage des ex… ce sont des dettes. Cependant je n’ai jamais considéré que mon passé sentimental était à plaindre. J’ai souvent parlé de mes déboires en amour mais je n’ai jamais parlé de la joie que j’ai souvent partagée, la passion que j’ai éprouvée et l’amour que j’ai donné mais aussi que j’ai reçu. Ces expériences n’ont pas de prix.

Oui, l’amour n’a pas de prix, mais tout le reste si ! Alors je ne vous cache pas, qu’après des années passées à me rassasier de belles paroles et à dépenser mon petit argent de poche dans des rencarts « low-cost », j’ai éprouvé une sensation unique la première fois qu’un homme m’a invité au restaurant et a payé la note. Ce n’était pas de la joie ou de l’excitation. C’était bien plus profond. C’était de la sérénité. Enfin je pouvais me détendre. Ne pas être obligée de compter. Je pouvais juste profiter du moment. Cette expérience m’a ouvert les yeux.

D’abord elle m’a ouvert les yeux sur le fait que jusque-là j’avais vécu en marge de la norme sociale africaine qui veut que l’homme, exclusivement, se charge des dépenses. Ensuite cette expérience, comme plusieurs expériences qui ont suivi, m’a ouvert les yeux sur le fait qu’il existe en Afrique deux types de femmes et deux courants de pensées bien distincts et qui s’opposent. Un courant progressiste et féministe, fortement influencé par la culture occidentale, avec une vision de la femme indépendante qui n’a besoin de rien et surtout pas d’un homme. Courant auquel appartiennent des femmes instruites, moins parce qu’elles sont instruites que parce qu’elles sont plus que les autres exposées aux médias, à la littérature et à la culture occidentale. Puis il y a un courant de pensées plus traditionnel, encore majoritaire en Afrique. Celui de la femme qui « reçoit » en échange de sa soumission.

C’est là un résumé simpliste quand on sait que l’envers du décor est émaillé de dérives de part et d’autre, tant et si bien que j’ai eu du mal à choisir mon camp. Les dérives du système traditionnaliste semblent les plus évidentes à pointer du doigt. L’argent et les cadeaux sont souvent la porte d’entrée d’une prison dorée. Pour une poignée de couples heureux, combien de couples oscillent entre possessivité, violences, infidélités et perversions sexuelles ?

Je paie, alors tu te tais !

Ces histoires nous les connaissons déjà mais peu connaissent le fardeau que portent les femmes « fortes », les boss-lady, femmes capables, femmes battantes. Si leurs histoires sont peu communes, c’est que dans notre contexte il y a de la honte rattachée au fait qu’une femme préfère le célibat aux défis de trouver un homme qui l’accepte sans vouloir la changer. Honte également à celle qui accepte le compromis de vivre avec un homme qu’elle entretient, à défaut d’avoir pu en trouver un qui l’entretienne. Il n’est donc pas rare de voir certaines s’acheter elles-mêmes des fleurs et du chocolat à la St Valentin. Geste qu’elles attribueront à un compagnon, auprès de leurs copines. Même indépendantes, la plupart des femmes éprouvent toujours le besoin de recevoir de leur compagnon ou la fierté de dire haut et fort à quel point elles sont choyées.

Personne ne raconte ces histoires. Personne ne parle de la pression de la performance sur le lieu du travail, qui ne tient pas compte qu’être une femme implique de ne pas toujours être à 100% au cours du mois ou quand les grossesses, les accouchements ou les soucis de garde d’enfants se succèdent. Personne ne parle de l’horloge biologique qui semble tourner plus vite lorsqu’une femme est instruite ou du sentiment d’injustice face aux efforts qu’il faut fournir pour obtenir le niveau de vie qu’une autre obtient par le concubinage.

Personne ne parle non plus de ces hommes qui font la chasse aux femmes capables pour exploiter leur solitude et leur soutirer leurs économies. Personne, enfin, ne parlent de ceux qui viendront prendre chez elles l’argent durement gagné, pour le reverser à la maitresse/Njomba/Tchiza, quant à elle peu stressée par des considérations terre à terre comme des factures ou un loyer à payer. Sans compter que les femmes fortes, elles aussi, peuvent endurer violences et infidélités.

Au fond les femmes ne gagnent jamais. Lorsqu’elles choisissent l’approche traditionaliste, elles sont qualifiées de paresseuses matérialistes et lorsqu’elles choisissent l’approche féministe, elles sont qualifiées de sorcières castratrices condamnées au célibat. Il s’agira donc de choisir son camp, indépendamment de ce que pensent ou disent les autres, prête à assumer les avantages et les inconvénients d’un monde ou de l’autre. Il s’agira aussi de remettre en question les dogmes avec lesquels nous avons grandi, qu’ils soient féministes ou traditionalistes, pour embrasser nos aspirations profondes : liberté ou sécurité ?

Car il n’y a rien de pire pour une femme qui aspire à la sérénité d’un foyer auprès d’un homme protecteur, que d’être jetée dans l’arène du capitalisme. Tout comme il n’y a rien de pire pour une femme bouillonnante de créativité, dynamique et entreprenante, de voir entravée sa liberté d’offrir au monde le meilleur d’elle-même. A mon sens, aucun dogme ne vaut notre droit à vivre notre vérité, à exprimer notre individualité ou même à changer d’avis et de plan de vie.

Quoiqu’il en soit, vous me connaissez déjà. Je suis une féministe dans l’âme. Mais le genre de féministe qui pense que même si je suis Beyoncé, l’argent de Jay Z est sucré.

9 commentaires sur « Femme entretenue ou femme battante »

  1. Merci pour cet article qui révèle une vérité que je n’avais que trop rarement entendue ! La femme fait ce qu’elle veut ! Cet article a vraiment ouvert mon esprit à moi qui pensait que la femme avait juste le droit de nos jours à travailler et comme vous le dites si bien et plonger toute nue dans le « capitalisme » ! Merci , je me sens mieux et rassurer car actuellement en pleine reconversion, je culpabilisais de ne pas « ramener de l’argent au foyer » et « d’avoir perdu mon indépendance » ! Pourtant, je réalise ici que j’ai le droit de vivre ainsi le temps que je réalise mon rêve tant que c’est une décision conjointe 🙂 Libérée d’un poids ! 🙂 Belle journée à vous

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    1. Ce commentaire me fait vraiment plaisir parce que c’est exactement cette remise en question et surtout cette libération que je voulais susciter. En tant que femmes nous avez déjà assez à endurer. Il est temps que nous puissions profiter de cette vie sans culpabilité. Je te souhaite le meilleur pour ta reconversion. Et merci de m’avoir lu 😊

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  2. Liberté ou sécurité: Trouver la relation où le dosage de chaque élément sied à sa personnalité et à ses aspirations.

    Spoiler alert: Mission presque impossible.
    Parceque les gens qui se sont rencontrés aujourd’hui ne sont plus les mêmes 5 ans ou même juste 6 mois après… il sera difficile d’ajuster continuellement le “dosage” , les évolutions des partenaires n’étant pas toujours synchro…
    Une chose par contre qui est stable chez nous les femmes: On aime qu’on prenne soin de nous. Certaines préfèrent les attentions aux chèques (parceque “ooh il me donne des sous comme si je suis une prostituée?” etc…), Mais pour moi le chèque est une belle attention! Donc oui l’argent de Jay-Z hier, aujourd’hui et pour l’éternité!

    PS: C’est toujours un plaisir de te lire!

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    1. C’est toujours un plaisir pour moi aussi de lire tes commentaires. Et tu as raison, l’évolution dans le couple n’est pas toujours synchronisée mais là encore nous devons garder l’esprit ouvert, parce que la vie est un voyage qu’on ne termine pas forcément avec la même personne. Mais ça c’est un autre débat…

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  3. Merci pour cet article magnifique. Moi je suis les deux selon les circonstances et les étapes de ma vie. Quand on regarde bien la femme doit faire tellement plus et toujours plus. J’aime travailler, j’aime être indépendante par moment. D’autres fois j’aime juste qu’on prenne soin de moi dans tous les sens du terme.

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    1. On peut dire qu’on veut toutes être les deux mais parfois ça ne dépend pas de nous. Quoiqu’il en soit c’est une grâce d’avoir le choix. Mon article a aussi vocation à le rappeler. Je te remercie pour ton commentaire et d’avoir lu 😊

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